Où réserver? Au Lobby du Peninsula à Paris pour 255 euros (par personne, hors boissons)? A Boeschepe (Nord), pour un menu à 95 euros à l'Auberge Vert Mont (une étoile) de l'ancien "Top Chef" Florent Ladeyn?
Ou bien à Magescq (Landes), au Relais de la Poste (deux étoiles), où Jean Coussau propose un dîner à 185 euros autour de la langoustine au caviar d'Aquitaine et du pigeon rôti, et bien sûr du foie de canard poêlé à la truffe "pour le côté festif".
"Cela fait 25 ans qu'on propose un menu pour la Saint-Valentin, on fait 60 couverts à chaque service, donc c'est toujours un beau weekend", explique le chef étoilé à l'AFP.
Même les établissements les plus modestes proposent un menu spécial. Aux Arcades, par exemple, à Castelnau-de-Montmirail (Tarn), on peut s'offrir une "parenthèse gourmande" pour 39 euros par personne.
Et les restaurants sont parfois complets plusieurs semaines à l'avance.
La Saint-Valentin s'est convertie en "un temps fort de l'année pour les restaurateurs, avec une clientèle qui veut quelque chose d'exceptionnel", selon un expert du secteur qui a souhaité garder l'anonymat.
"S'il n'y avait pas cette demande, il n'y aurait pas d'offre", assure-t-il à l'AFP.
108 euros par personne
La Saint-Valentin, c'est en 2025 "plus de 425.000 réservations enregistrées en France" (+51% sur un an) et "un panier moyen estimé à 108 euros par personne", selon une analyse des réservations effectuées le 14 février l'an passé dans 12.600 établissements partenaires de la plateforme Zenchef en Europe.
Avec des tables pour deux largement majoritaires (82% des réservations).
Pour Anne-Claire Paré, du cabinet de tendances en restauration Bento, cette célébration, à l'origine anglo-saxonne mais implantée en France depuis une dizaine d'années, est devenue un rituel.
"C'est une question de timing: c'est le seul moment festif entre la fin d'année et Pâques, donc il s'agit de recréer un pic de consommation quand il ne se passe pas grand chose", explique-t-elle à l'AFP.
En outre, "on vit une époque de scénarisation de sa vie", souligne-t-elle, évoquant une "injonction sociale", la nécessité de vivre "un moment unique" pour la "Gen Z", majoritaire dans les restaurants ce soir-là.
"Si on est en couple et qu'on ne fait rien le 14 février, si on n'a rien à montrer sur nos réseaux, on est nul", lance Mme Paré.
Quitte à payer plus qu'en temps normal.
"Pas pressés"
L'an dernier, dans une vidéo devenue virale repérée par le site Konbini, le chef Xavier Pincemin, propriétaire de deux restaurants à Versailles (Yvelines) et invité par l'influenceur Just Riadh à préparer un menu de la Saint-Valentin pour 20 euros, ne mâchait pas ses mots.
"Je vais dire la vérité: c'est une grosse arnaque. N'invite pas ta meuf ou ton gars le 14 février. Invite-le plutôt le 15 ou le 13".
"En tant que restaurateurs (...) on va gonfler les prix parce qu'on n'a pas le choix (...) on n'a que des tables de deux", soulignait-il, en précisant que son propre menu à 95 euros était vendu ce soir-là à 250.
Cette soirée constitue un jackpot pour les chefs: "c'est le deuxième plus gros service de l'année avec celui de la fête des mères", explique à l'AFP Bernard Boutboul, du cabinet Gira, spécialisé dans la restauration.
Au point que les restaurateurs ont parfois essayé de mettre en place deux services (19H00 et 21H00), "mais ça n'a pas fonctionné, car c'est une +soirée complète+: on ne couple pas ce soir-là son dîner avec un cinéma ou un théâtre".
D'où un "service en salle ralenti volontairement", souligne-t-il. C'est la seule soirée "où on mange très lentement, les clients n'étant pas pressés".