Profitant de sa niche parlementaire, la droite s'attaque à ce seul jour férié et chômé consacré dans le Code du travail pour permettre aux "commerces de bouche de proximité" (boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries mais aussi fleuristes, cinémas et théâtres), d'ouvrir avec des salariés volontaires.
Déjà votée au Sénat, "cette proposition est purement démagogique", dénonce auprès de l'AFP Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT.
"C'est un coût très concret pour au moins 1,3 million de travailleurs qui, si cette loi passait, pourraient devoir travailler le 1er-Mai", s'inquiète Sophie Binet, numéro un de la CGT.
"En plus d'être la fête nationale des travailleurs et des travailleuses, c'est aussi du temps pour soi. On n'a pas besoin d'aller dans les commerces le 1er-Mai, on n'est pas obligé d'acheter tous les jours", poursuit-elle.
C'est aussi un coup porté à l'histoire sociale: le 1er-Mai "commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs, depuis les manifestations mortelles" en France comme aux Etats-Unis au 19e siècle, rappellent les huit centrales syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU) dans un communiqué commun.
Sophie Binet a participé jeudi matin, près de l'Assemblée pour dénoncer "la niche parlementaire de la honte LRN" lors d'un rassemblement qui a réuni environ 200 militants de la CGT, Solidaires et FSU mais aussi des députés, dont l'écologiste Sophie Taillé-Polian.
- "Démocratie en entreprise" -
Outre ce jour férié, la droite vise également le droit de grève et souhaite le limiter dans les transports, pendant certaines périodes de l'année.
Elle reprend dans sa niche, une proposition des sénateurs centristes qui prévoit de conférer au gouvernement un quota de 30 jours annuels, pendant lesquels les "personnels des services publics de transports" et du ferroviaire (l'aérien est exclu) indispensables à leur fonctionnement, seront privés de leur droit de grève, avec des limites de six heures par jour, et sept jours d'affilée.
Pour la CGT-Transports, c'est "une nouvelle attaque parlementaire inacceptable !" et une "remise en cause d'un droit garanti par la Constitution et par les conventions internationales".
Cette proposition adoptée au Sénat et en commission la semaine dernière a toutefois peu de chance de l'être dans l'hémicycle jeudi, faute de temps.
"Les salariés sont en attente d'un renforcement du dialogue social dans les entreprises, pas de nouveaux coups de rabot sur leurs droits", fustige Marylise Léon.
Un dialogue social qui fonctionne déjà mal aujourd'hui en France, selon un ouvrage très critique publié mercredi, "Sauver la démocratie sociale" (Calmann Levy), signé de trois experts.
"Les acteurs sont faibles et divisés; leur légitimité est incertaine, tant du côté des organisations patronales que de leurs homologues syndicales", écrivent le président du Conseil d'orientation des retraites, Gilbert Cette, le sociologue Guy Groux et le directeur de la rédaction de la revue Telos, Richard Robert.
"Dans les grands pays européens, on compte deux ou trois centrales syndicales: chez nous, elles sont huit alors que le taux de syndicalisation est beaucoup plus faible !", dénoncent les auteurs qui suggèrent notamment de réduire le nombre de syndicats.
Reste que, selon une étude Ifop pour Syndex publiée jeudi, les dirigeants jugent "positivement" (77%) le dialogue social dans leur structure, bien que salariés et représentants du personnel soient eux, plus partagés (respectivement 28% et 14% à le juger "bon").
"Si le dialogue social en France reste imparfait et largement déséquilibré, il demeure un espace où s'exerce une forme de démocratie en entreprise", a estimé Nicolas Weinstein, un des dirigeants du cabinet Syndex, en conférence de presse. "Et en ces temps obscurs et incertains, continuer de faire vivre ce dialogue et surtout chercher à l'améliorer, est plus que jamais d'essentiel."