Attirer les jeunes par de meilleures conditions de travail sur un secteur délaissé depuis la pandémie, aider les professionnels à adopter des pratiques plus durables, plus sobres au plan énergétique, améliorer l'offre d'ici la Coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux olympiques de 2024 : les défis actuels sont multiples pour l'hôtellerie-restauration.
Sans compter les urgences: rembourser les prêts garantis par l'Etat (PGE) souscrits pendant la crise, faire face à la flambée de l'inflation et celle des coûts énergétiques...
Dans ce contexte, le principal syndicat patronal du secteur, qui revendique 35.000 adhérents - le GNI représente les indépendants - va choisir jeudi lors d'une élection à deux tours sa nouvelle direction entre cinq binômes : une profusion inédite pour l'organisation, secouée par deux ans de crise sanitaire.
"Voir ces cinq tickets est une grande satisfaction: cela montre la bonne santé de l'Umih", dit à l'AFP Roland Héguy, hôtelier retraité, prêt à passer la main au bout de 12 ans, comme son vice-président Hervé Becam. "Je suis beau joueur: cela va donner un nouveau souffle à l'Umih", affirme M. Héguy, estimant avoir un "bilan assez costaud".
"Nous avons sensibilisé le gouvernement au fait de nous soutenir pendant la crise du Covid-19, remis de l'ordre dans la maison, obtenu plus d'équité face aux plateformes de locations touristiques", énumère-t-il.
Son successeur pourrait être une personnalité médiatique : le chef étoilé Thierry Marx connu pour ses engagements sociaux ou le restaurateur Stéphane Manigold, célèbre depuis sa victoire face à l'assureur Axa qui refusait d'indemniser les restaurateurs pour les périodes de confinement.
"J'ai construit un programme d'artisan en trois points, pas plus, pour aller vers un syndicat professionnel qui soit davantage force de proposition que d'opposition, notamment sur l'impact social et environnemental, l'attractivité et la formation des personnels", dit M. Marx à l'AFP.
- "Professionnels en activité" -
Une industrie qui représente 7% du PIB et emploie 1,3 million de personnes est "en devoir d'améliorer le traitement de ses salariés", avec une meilleure mutuelle santé notamment, dit-il.
Quant à Stéphane Manigold, il "représente bien la restauration actuelle, faite de jeunes entrepreneurs innovants", estime son soutien David Zenouda, président de l'Umih Nuit Paris. "Il s'intéresse à tous les problèmes de nos métiers, il bosse énormément: la réussite de ses restaurants prouve que c'est un entrepreneur de qualité", complète-t-il.
Selon M. Zenouda, pour se régénérer l'Umih doit être représenté par des professionnels en activité, car "souvent ceux qui s'impliquent sont des gens en fin de carrière ou à la retraite. Si on est bien organisé, on peut faire les deux".
Le suspense reste intact car les 113 votants (à savoir les présidents de départements de l'Umih et ceux de 4 syndicats associés dont le Groupement national des chaînes hôtelières, qui a 16% des voix) pourraient opter pour un homme du sérail: Laurent Duc, qui préside la branche hôtellerie, Alain Grégoire, à la tête de l'Umih Auvergne-Rhône-Alpes ou Bernard Marty, patron de l'Umih dans les Bouches-du-Rhône.
"C'est compliqué parce que les présidents sont versatiles: certains qui ont juré de voter pour vous disent qu'ils verront au second tour", soupire M. Duc. Pour lui, "il faut des professionnels du lobbying" à la tête de l'Umih. "Ce poste, c'est pas que la TV, c'est les réunions avec la Direction générale des entreprises, les ministères, l'Europe... c'est mon lot depuis 20 ans", dit-il.
De son côté, Bernard Marty déclare vouloir "défendre les sujets relatifs à l'emploi, les coûts des matières premières, de l'énergie, les PGE: tous les soucis qui nous préoccupent au quotidien". Et aussi "rapprocher les départements et les régions, de l'Umih nationale", car pendant la crise sanitaire la concertation avec le terrain n'a pas toujours été au rendez-vous, selon lui.
Une ambition partagée par Alain Grégoire, qui veut "rassembler toute la profession, en construisant la maison commune" du secteur, pour "peser dans les discussions, face aux pouvoirs publics".
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